Nouvelles règles en immigration : une voie avec peu d’issues pour la restauration

30 janvier 2026

Alors que l’industrie de la restauration vit encore une énorme pression en matière de disponibilité de la main-d’œuvre, l’Association Restauration Québec (ARQ), ainsi que Restaurants Canada, déplorent que le secteur ne soit pas vu comme en étant un stratégique par le ministre de l’Immigration de la Francisation et de l’Intégration du Québec (MIFI), M. Jean-François Roberge, et son nouveau Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ).

En effet, bien que quelques invitations aient été lancées à des travailleurs occupant des postes de cuisiniers via la plateforme du PSTQ, le goulot d’étranglement créé par les nouvelles règles en immigration offre peu d’issues pour les autres, laissés de côté. L’annonce d’aujourd’hui confirme les grandes craintes exprimées depuis longtemps par l’industrie, soit qu’aucune solution flexible n’ait été considérée pour la restauration, ni pour ses travailleurs étrangers temporaires (TET) déjà sur le territoire qui ne peuvent voir leur permis de travail renouvelé. Impossible également pour eux d’avoir accès à la résidence permanente en raison de la grille de pointage, qui les désavantage automatiquement en partant par rapport aux demandeurs ayant une formation universitaire.

À bout de souffle

« Nos membres employant des travailleurs étrangers temporaires sont à bout de souffle devant la quasi-absence de solutions pour garder leurs précieux travailleurs. Ils ne voient plus la lumière au bout du tunnel, alors qu’ils avaient réussi à trouver un équilibre en investissant des milliers de dollars afin de pourvoir des postes qu’aucun locaux ne voulaient occuper. Ce qu’ils comprennent, c’est que leurs entreprises, qui fournissent pourtant de l’emploi à de nombreux travailleurs d’ici également, n’est pas importante pour Québec, a souligné Martin Vézina, vice-président aux affaires publiques et gouvernementales de l’ARQ.

L’ARQ et Restaurants Canada qui représentent des milliers d’établissements un peu partout au Québec, ne comprennent pas que leur industrie, tout comme celle du tourisme, soit encore sous considérée en matière de besoin de TET. Le secteur de la restauration au Québec génère 23 milliards de dollars par année, soit 3,8 % du PIB de la province. Il emploie presque 263 000 travailleurs, dont 44 % sont des jeunes.

Alors que bon nombre d’exploitants n’ont d’autres choix que de compter sur le savoir-faire, l’engagement et l’apport de ces travailleuses et travailleurs pour opérer et offrir un service de qualité aux clients locaux, mais aussi, aux touristes, comment feront-ils sans ce personnel devenu essentiel? Quelle expérience le Québec offrira-t-il en matière d’accueil en pleine saison estivale alors que les établissements ouverts peineront à répondre à la demande, faute de main-d’œuvre?

Incertitude et anxiété

« Les récents changements aux règles d’immigration du Québec nuisent aux restaurateurs et ne reflètent pas la réalité de notre secteur, ce qui aura un impact économique assuré. Les travailleurs étrangers sont déjà bien établis autant dans nos brigades que dans nos communautés et l’incertitude crée chez eux par le gouvernement mets un poids immense sur leurs épaules et sur celles de nos restaurateurs qui ont investi de manière significative dans la formation, l’intégration et le soutien de ceux qui en retour, ont investi leurs compétences et leur temps au service de notre économie. En refusant d’appliquer une clause de droit acquis à ceux qui ont tout laissé derrière eux pour venir travailler au Québec, c’est à tout un pan de notre économie que le ministre tourne le dos a mentionné Marie-Pier Richard, vice-présidente Québec, Restaurants Canada.

Les deux organisations insistent sur l’importance de mettre en place une clause grand-père pour tous les TET déjà sur le territoire, tant pour leur renouvellement de permis de travail que pour l’obtention du Certificat de sélection du Québec via le Programme de l’expérience québécoise. Ces travailleuses et travailleurs sont déjà installés, intégrés et parlent ou, encore, apprennent le français. Les deux associations prennent acte de l’appel fait au fédéral par le ministre Roberge ce matin à ce sujet, mais elles croient fortement que c’est aux deux paliers de gouvernement de s’entendre sur la question, et ce, rapidement.